09/01/11 : A la rencontre de l’ethnie Kachok

En route

Dans l’extrémité nord-est du Cambodge, à la frontière avec le Laos, il y a un parc national qui se nomme Virachey. Pour l’instant il est difficile d’explorer cette zone, mais à sa bordure sud, sur les rives de la rivière Tonlé San, vivent quelques tribus qu’il est possible de rencontrer.

Après 40 kilomètres de route en direction du nord de Ban Lung, nous arrivons au village de Voeun Saï. Sok loue une embarcation, style pirogue munie d’un moteur, et nous remontons le fleuve pendant 1h30 pour arriver devant le village de Kaok Peak.

Ce village est habité par l’ethnie Kachok. Ils ne comptent que pour 3% de la population de l’état du Ratanakiri. Cette tribu présente aussi quelques particularités spécifiques. Je vais vous en compter quelques unes.

Ils ont le même génie protecteur que leurs voisins : Arak. Lui aussi demande souvent des sacrifices, et dans ces tribus, buffles, bœufs, cochons et autres poulets … ont des espérances de vie courtes !

Le rôle du gourou est lui aussi très important. Celui de ce village vit au milieu de ses concitoyens et, accroché sous sa hutte, un gros tambour lui sert à annoncer les mauvais présages que son sixième sens lui indique parfois. Un villageois ou un étranger qui frapperait ce tambour s’exposerait à de graves ennuis !

Le gourou est aussi guérisseur. En cas de maladie, il commence son traitement par des herbes médicinales et des tisanes qu’il a ramassées dans la forêt. Si cette médecine ne fonctionne pas, alors c’est Arak qui manifeste son courroux, et, la seule manière de s’en sortir, est de faire quelques sacrifices d’animaux. Si ce deuxième traitement n’améliore pas l’état du patient …  c’est peine perdue. Le gourou entoure la maison du malade avec une corde sur laquelle il suspend des feuillages. C’est le signe qu’il ne faut plus dépasser cette frontière, et hormis la famille proche qui a encore le droit d’aller rendre visite, plus personne ne doit alors entrer en contact avec le mourant.

Sans soin, celui-ci va décidément (sauf miracle comme vu hier à Kress) mourir plus ou moins rapidement. Et alors, pour la population entière du village, c’est la joie et la fête ! Pendant les sept premiers jours qui suivent le décès, ce n’est que banquets et ripailles, danses et chants. Les troupeaux appartenant au défunt sont à moitié décimés (il y a pour information 800 habitants dans ce village, et tout le monde est convié à la fête). Au bout de sept jours on transporte le corps, qui a été scellé dans un tronc d’arbre dès le premier jour, dans le cimetière, à l’écart du village, sur la rive qui surplombe le fleuve. Une hutte provisoire a été construite et on l’enterre en mettant sur sa tombe quelques uns de ses outils, de la vaisselle cassée, une jarre (plus ou moins grosse en fonction de l’âge du mort). Un autre grand sacrifice est alors réalisé. Pendant les douze mois qui vont suivre, et chaque date anniversaire mensuelle, on effectuera alors un autre sacrifice. Le douzième mois on casse la hutte provisoire et on construit alors une vraie hutte en dur au-dessus de son linceul. Sur le sommet de cette hutte, un grand bateau stylisé lui permettra de franchir les barrières de l’au- delà et devant cette hutte on positionne deux grands totems (un homme et une femme) qui seront les gardiens du lieu. Après un dernier grand égorgement d’animaux divers… les habitants rentrent chez eux … et oublient à tout jamais le mort. Son tombeau pourrira et son souvenir aura alors totalement disparu !

Avec Sok, cette découverte du cimetière ne se fera qu’à la fin, car il est strictement tabou de se promener dans le village si l’on est allé rendre grâce aux esprits !

Nous nous promenons donc dans Kaok Peak, Sok ayant emporté avec lui des photos des villageois qu’il avait prises lors de son dernier passage. Ce sésame ouvre beaucoup de portes !

Paradoxalement, dans ce village ancré dans des croyances animistes d’un autre âge, la majorité des habitants se promène avec un téléphone portable autour du cou, et les deux plus riches se sont offert télévision, parabole et groupe électrogène pour faire fonctionner le tout.

Ce village présente aussi la particularité d’avoir une zone de culture excentrée et dans ces cultures chacun a sa propre maison qu’il habite entre semailles et récolte.

Sok va aussi m’expliquer l’ensemble des rituels qui sont liés à ce cycle de la vie du riz. Il existe bien sûr un Dieu du Riz (dans le sens large du terme, c’est-à-dire dieu de la fertilité, de l’abondance, de la fidélité …). Il se nomme Tahorn chez les Kachok. D’autres nombreux sacrifices interviennent à chaque étape de la vie de la rizière, de la plantation à la récolte ! D’autres vaches, cochons et poulets vont encore subir un triste sort !

Dans l’après midi nous reprenons le bateau dans l’autre sens et rentrons, un peu dubitatifs, vers Ban Lung.

Village de Voeun Sai, point de départ du trajet en bateau

 Type de bateau utilisé sur ces rivières

Entrée de Kaok Peak

Réparation de toiture

Le fameux tambour du gourou

Maison en kit

Supermarché du coin

Un grenier à riz

Outils de base de l’agriculteur

Zone de battage dans la plaine cultivée

Simplicité de l’intérieur d’une maison

Autel pour le dieu du Riz

Tombeau temporaire, la première année

Tombeau définitif

Totem femelle devant la tombe

Vue d’ensemble d’une tombe de riche

Totem mâle devant une tombe

Bateau pour rejoindre l’au-delà

Tombeau d’un moins riche

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