Moins d'un an après l'abandon des vols intérieurs au Népal au profit des transferts routiers, les tours opérateurs français ont décidé de les remettre au goût du jour.

Retour sur cette décision

Le Népal, l’attraction que ce petit pays distille est la même que l’on y ait séjourné ou non. Celui qui a déjà posé ses chaussures de randonnée, sait que ce pays offre mille visages attachants. Pour celui qui n’a pas encore eu la chance de s’y rendre… tout reste à faire, à voir, à gouter, à sentir et à ressentir.  

Voilà plusieurs mois qu’un trek au Népal n'a plus la côte, n’est plus au centre des destinations « phares ». Confidentiel ou présent dans l’imaginaire des lecteurs des récits de voyage d’Herzog à Tesson, le Népal a attendu la fin de la révolution maoïste en 2006 pour faire un grand bond en avant sur la scène du voyage d’aventure.

Un premier voyage dans cet « eldorado himalayen » signe très souvent le début d’une longue série. On commençait généralement par le Langtang et surtout les Annapurnas. Après en avoir fait le tour on rentre « appâté et épaté » par tant de diversité et d’ambiances. Certains seront galvanisés par la montée au Thorung La. La palette est large, d’un décor tropical aux cimes encapuchonnées de blanc.

On rentre en France des sommets plein la tête, des odeurs plein le nez, des sourires plein les yeux. On ne pense qu’à repartir et à ce qu’il reste à découvrir. On se frotte au Khumbu : au Kala Patar et au camp de base de l'Everest.  On scrute le Manaslu, le Kangchenjunga, le Dhaulagiri ou même le Dolpo.


Certains optent pour le Mustang, le Royaume de Lo, très différent avec un fond de vallée fertile et des hauts plateaux désertiques aux féériques camaïeux ocre. L’empreinte du bouddhisme lamaïque héritée du Tibet voisin est forte. Les interactions avec les populations croisées le sont également.

Avril 2015. Tout s’écroule, au propre comme au figuré. Le Népal est frappé par un séisme et des répliques sans précédent. La reconstruction s’amorce, elle s’accomplit lentement, tant bien que mal. Comme une double peine, moins de six mois après cet épisode qui marqua le Népal dans sa chair, le grand voisin indien restreint ses exportations de carburants et de denrées alimentaires pour marquer son désaccord avec certains points de la nouvelle constitution népalaise. Katmandu parle de blocus, l’économie est au ralenti. L’autre grand voisin, le chinois, ne bougera pas.

Au même moment et suite à un accident, les tours opérateurs français s’interrogent, légitimement, sur les vols intérieurs. Voilà plus de 5 ans que la Commission Européenne a inscrit toutes les compagnies aériennes du Népal sur la liste noire des transporteurs aériens afin de faire pression sur les autorités du pays et augmenter les normes de sécurité. C’est un fait, l’ensemble des compagnies aériennes locales sont jugées insuffisamment sûres au regard des normes en vigueur dans l’Union Européenne mais pourquoi prendre une décision 5 ans après  ? Envoyons-nous nos voyageurs à la mort en leur réservant un vol Katmandou-Jomson  ? L’avons-nous, nous même, déjà frôlée toutes les fois où nous les avons empruntés  ? Et les autres  ? Les voyageurs étrangers, les tours opérateurs britanniques, les allemands, les américains, les canadiennes qui prennent toujours ces vols, sont-ils inconscients  ?

Le collectif sécurité des tours opérateurs d'aventure hésite, questionne ses assurances et comprend qu’il n’a pas le choix. Ou tous, ou personne. Ça sera tous. Le risque est faible mais pas absent, les vols intérieurs sont bannis, on aura désormais recours aux transferts routiers.

En 2016, les itinéraires des treks sont revus, rallongés par ces interminables trajets. La pilule passe mal pour certains TO comme pour certains marcheurs. Comment se plier aux considérations dictées par des assureurs et le principe de précaution lorsqu’on parle de voyages d’aventure, de partir là où la nature a encore ses droits et où l’homme est encore humble et loin d’un monde aseptisé et normé ?
Une secousse de plus sur l’échelle économique du Népal.

2017, Happy end.

Aujourd’hui, marche arrière toute. Voyager par la route au Népal est largement plus dangereux que de le faire par les airs. Le recours aux vols domestiques est donc à nouveau envisagé par les TO français  moins d’un an après la décision de les stopper.  

La première conséquence profite aux voyageurs. La durée des treks au Népal est de nouveau optimisée, leur coût aussi ! Là où il fallait des nuits en lodges, là où il fallait 11 heures de jeep et 3 jours de marche d'approche, il faudra maintenant moins d'une heure par le ciel. Ce gain de temps va à nouveau permettre aux marcheurs une « vrai découverte utile » de ce qui doit l’être !

La décision est immédiate, réjouissons-nous !

 

Interviews choisies

 « Je suis ravi de cette décision. Nous allons optimiser nos voyages et revoir nos itinéraires pour offrir le meilleur. J’ai tout de même vécu 2 ans au Népal. J’ai donc plusieurs fois eu recours à des vols intérieurs pour me rendre à Pokhara, Lukla ou Jomson. A l’époque je travaillais pour un autre TO français et la décision nous a tous surpris. Pour parler du Népal, et pour être objectif, je dirais que la diversité de paysages, de religions et d’ambiances qui y règne est surprenante et digne d’intérêts. Les panoramas sont fantastiques et il n’est pas nécessaire d’être à plus de 5000 m pour avoir sa part. On ne s’en rend pas bien compte avant d’y avoir mis les pieds, mais le Népal est une destination ouverte à tous. Souvent catalogué comme la Mecque du Trek, ce qu’il est assurément, le Népal est aussi une destination accessible aux randonneurs plus modestes et même aux familles. Les népalais sont attachants, serviables, souriants et faciles à aborder. On crée donc rapidement des liens privilégiés avec les équipes locales, les guides et les népalais en général. Hâte de m’y rendre à nouveau en mai et de retravailler avec eux ! »

Gautier, responsable des destinations Inde et Himalaya.

 

 « Vous savez au Népal on est plutôt philosophe mais la décision des professionnels français n’a pas été très bien accueillie. En effet nous l’avons trouvé soudaine et un peu injuste. L’éternel jugement d’une partie du monde sur le reste. Enfin, une petite partie seulement, car les tours opérateurs britanniques, allemands, américains, australiens, italiens, chinois, canadiens ou japonais n’ont pas plus compris que nous cette décision et continuent encore aujourd'hui à nous faire confiance. J’ai entendu qu’il y a eu plusieurs accidents de train en France, dont un avec le célèbre TGV… Avez-vous pour autant interdit les déplacements en trains ou le TGV? Vous savez, je voyage sur mes compagnies aériennes. Ma femme, mes enfants et 22 000 voyageurs les empruntent également chaque année. Pensez-vous que je néglige la sécurité, la maintenance de mes appareils ou la formation de mes pilotes ? S’il vous plait, informez les français, dites leur bien que nous venons de recevoir un agreement du groupe TUI (mastodonte allemand du tourisme mondial ndlr) après un audit poussé. Mes avions sont utilisés par le WFP (World Food Programme des Nations Unis) et affrétés par différentes ONG. Aucune compagnie au monde n’est à l’abri, ni Air France, ni les compagnies népalaises. Nous mettons tout en œuvre pour la sécurité de nos passagers et sommes ravis de pouvoir accueillir à nouveau les français !  »  

Ang Tshiring Sherpa, fondateur et "managing director" de Yeti Airlines et Tara Air (compagnies népalaises) de passage dans les bureaux de Tirawa.