La grotte de Konchok Ling, une randonnée incontournable au Nord de Lo Manthang

Voici l’endroit le plus spectaculaire du Mustang ! C’est aussi une très belle histoire qui s’est conclue à l’aube 2011, lors du dernier voyage « le Mustang en hiver », de Tirawa.

La gardienne des clefs, rayonnante…

Kaji sherpa, le Sirdar de notre aventure hivernale. Aussi solide que compétent !

Et tous les deux en train de papoter...

Tranquille la Miss, filant sa quenouille durant toute la montée !

La première partie est un grand chemin que les touristes gravissent à cheval. Mais ce n’est pas vraiment une bonne idée pour des trekkeurs !

… Autant prendre son temps pour s’immerger dans un paysage grandiose.

En 2007, la 1ère information sur la découverte d’une nouvelle grotte exceptionnelle au Nord de Lo Manthang n’a pas échappé à la curiosité d’Etienne Principaud, mon compagnon de route du Mustang. Longtemps nous avons cherché à en savoir plus, et durant tous mes voyages au Mustang, j’espérais trouver l’emplacement exact et l’accès à cette grotte appelée depuis « the Snow Leopard Cave », à cause des traces de léopard des neiges que les premiers visiteurs avaient aperçues dans la grotte.

Les chevaux ne vont pas plus loin. C’est là que ça se corse…

Il faut d’abord descendre un peu pour contourner le gros piton rocheux.

Un travail gigantesque a été réaliser par l’association locale. L’objectif a été clairement de rendre les lieux accessibles.

Jean Pierre sur son promontoire…

Et déjà bien plus haut, on devine une construction.

Au pied du grand piton rocheux. Il y a la porte et une cartouche surprenante en tibétain.

Sur la crête, le site devait être très important avec des habitations et des chortens. Celui-ci à été éventré et une marée de Tsa Tsa s’en échappe.

Notre star locale, toujours aussi souriante, dans son désert de pierre.

Les Vibram locales… !

Avec le temps, les informations sont devenues plus précises. Certains voyageurs racontaient même qu’ils avaient frôlé la mort en se rendant sur place, tellement le lieu était inaccessible !

Puis, dans un film récent du National Géographique, quelques images montraient des aménagements importants avec de vrais sentiers. Enfin, Luigi Fieni, le talentueux restaurateur des fresques de Lo, nous indiqua le nom exact, Drakphuk Konchok Ling. Il nous restait maintenant à trouver le gardien des clefs !

En cette fin d’année 2010, Kaji Sherpa, notre sirdar, a dû me maudire.

Je voulais absolument trouver cette grotte. Pour lui, ce n’était qu’une grotte de plus. Après une randonnée exceptionnelle depuis Choser, dans l’auvent d’une grotte partiellement effondrée, nous avons enfin réussi à admirer cette fresque. Elle consiste en un mur de 7,5 m de long couvert de 55 panneaux, de représentations bouddhistes de style Pala datant du 12 ème siècle. Je ne peux m’empêcher d’être émerveillé par ce que la foi provoque. Dans ces cavernes presque inaccessibles, au bout du monde, des moines et des artistes ont vécu et ont médité autour des stupas sacrés. Ils se sont réunis, les yeux illuminés par la foi, pour peindre des diagrammes mystiques et des êtres d’une délicate beauté.

Kaji a été émerveillé par les fresques et par notre randonnée tout là-haut. Pour sa prochaine saison de trek, il va y emmener tous les voyageurs Tirawa !

Sur la crête, avec une vue sur la vallée de Samdzong.

Le sentier est toujours bien tracé et on devine des murailles dévorées par le temps.

Il faut descendre au milieu des pénitents jusqu’à un petit col.

Regardez bien… Sur les crêtes déchiquetées, il y a des tours et des remparts.

De retour à la maison, j’ai cherché à en savoir un peu plus sur le style de ces fresques et surtout sur les personnages qui y sont représentés. Ces mystérieux Mahâsiddhas.
Les « Grands Accomplis » ou Mahâsiddhas sont des personnages historiques ou légendaires qui pratiquent l’ascèse et les techniques psychophysiologiques du yoga. Alors que les écoles du bouddhisme du Grand Véhicule prônent l’extinction des passions, les écoles tantriques incitent à les sublimer. La biographie des Mahâsiddhas, en grande partie légendaire, apporte nombre d’anecdotes choquantes aux yeux des bouddhistes traditionnels. Ils ne s’interdisaient ni l’absorption de viande, ni d’alcool. Leurs théories philosophiques, empreintes d’un symbolisme sexuel appuyé, s’opposent à la pudibonderie de la société.

Les Mahâsiddhas sont des personnages clefs des enseignements tantriques de l’origine de la transmission à nos jours par une lignée ininterrompue.
Le Mahâsiddha, à une époque de sa vie, va communiquer directement avec une divinité qui va lui transmettre alors un enseignement secret permettant d’atteindre la libération par un culte spécifique rendu à une divinité d’élection (ishtadevata, yidam).
Cette divinité est très souvent Vajradhra, « Porte Vajra » le Bouddha suprême ou une déesse initiatrice (Vajravahari).
Des textes particuliers, issus de cet enseignement direct, les tantras et leurs commentaires, décrivent tout à la fois une cérémonie d’initiation plus ou moins longue, nécessitant l’usage d’un diagramme (mandala) et des spéculations philosophiques. Le dieu et les déités de sa suite apparaissent au cours du rituel, sous des apparences variées et complexes dont les multiples particularités iconographiques sont les symboles formels d’idées philosophiques.
La visualisation des divinités et l’identification du méditant à celles-ci sont appelées «réalisation, accomplissement» (siddhi, dngos-grub). Les ascètes indiens qui, du VIIème au XIème siècle, illustrent cette tradition sont donc appelés Mahâsiddha (grub-Chen), les «Grands Accomplis».

Faut pas s’en mettre une ! Car le sentier est parfois étroit et escarpé.

Damned… Il va falloir descendre par là !

Versant Samdzong, la grotte est maintenant à deux pas.

Peinture, intérieur de la grotte.

Peinture, intérieur de la grotte.

Peinture, intérieur de la grotte.

Les Mahâsiddha sont au nombre de quatre-vingt-quatre. Ce nombre est symbolique et ne recouvre pas une réalité historique car l’identité exacte des personnages, leur ordre et même l’orthographe de leur nom restent imprécis. Les plus importants d’entre eux (Tilopa, Naropa…)  paraissent avoir réellement existé. Leur vie, émaillée d’épisodes légendaires et merveilleux, est rapportée par plusieurs textes.
L’ensemble des Mahâsiddhas a fait l’objet de plusieurs séries, l’une des plus connues décore les murs du monastère de Hémis au Ladakh.

C’est dans ce contexte qu’il faut interpréter la représentation des Mahâsiddhas figurant sur les murs de Drakphuk Konchok Ling. Il ne faut donc pas comprendre la fresque comme une histoire continue, style bande dessinée, mais comme une série illustrant la vie de chaque Mahâsiddha. Ce n’est sans doute pas un hasard si une représentation des Mahâsiddhas se retrouve au Mustang vu les liens étroits qui unissaient les familles royales du Ladakh et du Mustang à cette époque. D’ailleurs, il existe une autre représentation de 84 Mahâsiddhas avec celle des seize Arhats, sur les murs de Ghar Gompa (Lo Gekar). À ma prochaine escapade au Mustang, il me faudra donc absolument demander aux moines de voir cette fresque.
En entrouvrant les portes de la connaissance par un nouveau voyage, ce fut une belle manière de prolonger les émotions vécus là-haut.

Fresque.

Un Mahâsiddha.

Les fresques d’Hémis en Inde.

Le retour à la maison. Comblés et heureux.

Dans le prochain épisode, je vous raconterais notre épopée de ce printemps 2010, avec la première traversée des lacs de Damodar au village de Samdzong, après l’ascension du Bhrikuti.

Texte et photos : Paulo Grobel

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