Le Mustang en été

 

 Le vol long courrier de retour d’un voyage est souvent une parenthèse hors du temps. On est à la fois déjà parti et pas encore arrivé à la maison.
Un entre-deux en apesanteur entre souvenir et mélancolie.
Je rentre du Népal comblé par ce « Mustang en été ». Bhrikuti et Guru Rinpoche m’ont de nouveau ouvert la porte d’un très beau voyage.
Calé sur mon siège, j’essaye de trouver une image forte, un instant vécu qui pourrait exprimer le mieux possible les émotions vécues.
Simplement fermer les yeux et  me plonger dans cette longue aventure.

La brume et des immensités ocre, une ambiance très particulière

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Entre Chine et Népal, nous traçons notre chemin en des lieux incroyables

Ambiance ...

Entre le camp de base du Gaugiri et l’alpage de Chumuja…
Il est déjà tard, peut-être le milieu de l’après-midi. Nous sommes sur une large croupe avec de grands replats d’un vert éclatant. Sommes-nous encore au Mustang ? Nous venons de sortir du brouillard. Le paysage est exceptionnel. Pas de souci, je sais exactement où nous sommes et où nous allons. Derrière moi, relativement groupée, toute l’équipe est aussi sur la bonne voie. L’expérience de l’année passée est bien présente à mon esprit…

«Rester tous ensemble, surtout contrôler l’équipe de cuisine et les muletiers, et rassurer tout le monde». Au loin, la plaine de Lo Manthang annonce bientôt la fin du voyage. Après une mise au point au col à 5112 m, tout fonctionne à merveille. De toute façon personne de l’équipe ne sait où nous allons ce soir, j’ai promis de l’herbe aux muletiers et de l’eau pour la cuisine. Pour nous, j’espère simplement trouver un petit endroit plat au pied de la descente. Cette image illustre à merveille la qualité et la complexité de cet itinéraire aux confins du Mustang. Un trek aux paysages chaque jour renouvelés, un trek réellement unique que je rêve de prolonger un jour, de l’autre côté de la vallée, par une petite traversée jusqu’au lac de l’Araniko Chuli.

Les peintures murales de Tashi Kabun sont comme une récompense pour avoir su prendre une journée d’acclimatation à Luri. Une surprise aussi, car un chemin a été tracé cette année pour pouvoir y accéder facilement.

 Changement d’univers… pour une nouvelle carte postale, contrepoint culturel à notre monde sportif, conclusion idéale à cette randonnée.
Il est 9 h du matin à Möntang, la ville aux remparts rouges et blancs, capitale de l’ancien Royaume de Lo. Depuis longtemps déjà, la ville s’est réveillée, rythmée par la vie agricole et les activités monastiques.
Il est temps pour nous de reprendre la route en suivant le cours de la Kali Gandaki qui se faufile entre Annapurna et Dhaulagiri. Mais impossible de quitter Lo Manthang sans saluer une dernière fois les grands Boddisatvas du monastère de Mahamuni. Il se joue dans ce monastère une histoire exceptionnelle. Les grandes peintures murales datant du 13ème siècles, resplendissent de couleurs vives. D’habitude plongées dans une pénombre protectrice, aujourd’hui de grands projecteurs les éclairent et déjà, sur des échafaudages s’activent des peintres au travail.
On pourrait se croire à Rome, aux temps anciens, quand la coupole de la Chapelle Sixtine bourdonnait de l’activité des artistes peintres. Mais où est donc le maître des lieux, Michel Angelo ?
Ici à Lo, ils sont deux, en charge de l’ensemble du projet. Un projet gigantesque financé par l’American Himalayan Fondation

Une histoire merveilleuse qui mériterait d’être racontée.
L’aventure de ces habitants de Lo qui, après plus de dix années de travail sous la houlette de Luigi Fieni, sont capables maintenant de redonner vie à des peintures exceptionnelles et à l’un des plus anciens lieux de culte de la ville, qui retrouve ainsi son sens initial.

La carte qui vous dit tout sur ce lieu unique. Il y a l’accès depuis Choser, classique et aménagé et l’itinéraire depuis Samdzong… Une autre histoire !

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Eh oui, nous allons rejoindre la grotte qui est tout en haut, par un sentier aménagé dans la falaise.

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Toujours le relief incroyable du Mustang, avec le sentier qui vient de Samdzong en passant un petit col.

La troisième image qui me vient à l’esprit est bien sûr notre escapade à Koncholing depuis Samdzong.
L’hiver passé, lors de ma première visite, il m’avait semblé apercevoir des traces de cheminement venant de l’autre versant. J’avais aussi appris qu’il y avait un conflit d’intérêt entre les villages de Choser et Samdzong au sujet de la grotte. A qui appartenait-elle ? Qui avait légitimité à l’aménager et à l’exploiter ?
Et, bien sûr, les instances de Jomosom avaient tranché en faveurs de Choser !
Koncholing représente pour moi l’un des lieux les plus magiques du Mustang, l’un des plus fragiles aussi.
Perché sur une crête, un ancien lieu de vie et de spiritualité. Improbable, comme suspendu entre deux mondes.
Le cheminement pour y parvenir est déjà une initiation, une immersion dans le monde minéral du Mustang. La déambulation sur l’arête finale dans l’attente de découvrir la grotte participe encore plus au mystère et à l’exceptionnalité du lieu.
Pour au final, comprendre que tout n’est qu’impermanence. Tout va disparaître bientôt et en particulier ces peintures murales si délicates. Les dégradations en l’espace de quelques mois sont visibles et irréversibles.
Les peintures de Koncholing sont condamnées à disparaître à brève échéance.
En questionnant, Luigi Fieni sur les possibilités de restauration ou même de protection, il semble très pessimiste. « Trop loin, pas assez de visiteurs, trop complexe de logistique, trop coûteux aussi ».
De passage à Samdzong, lors de ce nouveau « Mustang en été », je suis à la recherche de quelqu’un qui pourrait nous accompagner vers Koncholing.
Y a-t-il simplement un chemin ?
Mais oui, mon intuition était bonne et pour Tsewang Rindze cela ne pose aucun problème pour nous emmener là-haut. Le sentier est un peu difficile et seul le problème de la porte et donc des clefs le tracasse un peu. Mais, en lui expliquant que nous règlerons bien les tickets d’entrée à la gardienne et qu’il est possible de contourner la porte par l’extérieur quand elle est fermée, tout va mieux.
Il me faut juste proposer un itinéraire alternatif pour les personnes du groupe moins à l’aise sur des sentiers trop escarpés et exposés.
Nous nous retrouverons tous le soir à Lo Manthang après nos différentes traversées, comblés par ces paysages exceptionnels.

Mönthang, la ville mythique...

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Purna Magyar, notre cuisinier. Aujourd’hui, il se demande où il va bien pouvoir trouver de l’eau pour le repas de midi...

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La seule tente de nomade à des kms... Bernie cherche désespérément la bergère de ces rêves !

 La vie pastorale intense des hauts plateaux tibétains…
Voici une phrase marquante qui nous a accompagné durant quelques jours, dans notre traversée des hauts plateaux. Une phrase du descriptif du voyage que j’avais écrite et qui nous a bien fait rire tellement elle était en contradiction avec la réalité des lieux.
Car en fait il n’y a personne sur ces alpages. Ils sont maintenant trop loin des villages, les troupeaux ont aussi été diminués. Mais surtout, comme la frontière a été longtemps fermée, il n’y a plus guère de pastoralisme transhimalayen.
Concrètement, nous n’avons rencontré qu’une seule famille de nomades et quelques bucherons à Chumuja.

Tangye et ses chortens, avec un éclairage d’été où les nuances de gris et de blanc dominent. Mais toujours aussi beau.

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Etienne, perdu dans ses pensées, devant le versant Chinois du Gaugiri.

Il faut arrêter de croire que la chaîne de l’Himalaya arrête la mousson et protège en été le Mustang du mauvais temps et des nuages ! C’était peut-être le cas, il y a quelque année, mais la réalité d’aujourd’hui est toute différente.
Bien sûr, en été, la mousson est largement atténuée au Mustang, quelques averses brumificatrices en journée, des orages le soir mais un paysage quasi toujours bouché.
Rien de catastrophique. C’est plutôt à partir de Pokhara que la situation est difficile, pour accéder au Mustang.
A la fois les vols pour Jomosom sont plus aléatoires et souvent annulés mais la route de Baglung à Jomosom est maintenant dans un triste état, voire dangereuse, avec des coupures fréquentes dues à des glissements de terrain.
Il faut donc garder en mémoire cette réalité et s’attendre à attendre… pour un bel exercice de zénitude. En espérant passer entre les gouttes, avec des vols qui s’enchaînent sans problème.
Et parfois ça marche !

En conclusion : faut-il aller au Mustang en été ?
OUI, définitivement.
Malgré les aléas du vol pour Jomosom, malgré un temps souvent bouché et l’absence de montagnes dans le paysage, malgré la pluie… qui a souvent le bon ton de tomber la nuit.

En route vers le sommet du Bhrikuti Shail. En petites cordées de deux, comme dans les Alpes...

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Au retour, le temps c’est encore plus bouché... il fait presque nuit !

Et le Bhrikuti ?
« Avez-vous réussi le Bhrikuti ? »
C’est souvent la première question posée de retour d’expédition.
Mais pour ce voyage au Mustang, le sommet est vraiment anecdotique, même s’il a une vraie place.
Oui, cette année, le sommet était au rendez-vous, mais la neige et le brouillard aussi. C’est l’été. Pas vraiment la bonne saison pour faire de l’alpinisme.

Pour notre plaisir d’alpiniste, l’ascension du Bhrikuti nécessite un paysage dégagé et des conditions de progression acceptables. Pourquoi vouloir absolument y aller en été alors que l’automne et le printemps garantissent un pourcentage de réussite élevé et des conditions parfois optimum ?
Rendez-vous donc l’année prochaine pour une nouvelle ascension du Bhrikuti, prétexte à un voyage d’exception.

Paulo Grobel avec des photos d’Etienne de Fleurian, de Sylvie et Jean-Louis Peron.

 

A Lo... « Tiens, on parles de nous ?... Regardes, c’est Grand mère !»

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L’oeil sensible de Jocelyn Chavy, lors du premier «Dolpo to Mustang»

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Une rencontre mémorable à Kagbeni... Ma copine de la photo précédente.

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Un numéro indispensable..., avec un article complet et toutes les informations sur notre itinéraire au Nord du Mustang

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