30 mai 2011 : A la découverte du delta du Mékong

Coursive latérale de notre bateau sur un des bras du Mékong

En général tous les programmes de Tirawa passent par le delta et restent sur place au moins trois jours. Pour ma part, reconnaissance oblige, le temps m’est compté. Je ne passerai donc qu’une grosse journée sur place, pour avoir un premier aperçu de l’endroit.

Et ici c’est magnifique, vibrant, plein de charme, de rencontres …

Il nous faudra un peu plus de deux heures de route pour arriver à Sa Dec, au cœur du delta. Nous montons à bord du bateau récemment construit … par Ronan pour le compte de notre agence locale. Le Tcharokaa s’inspire des plans d’un Takran, embarcation typique du delta à fond plat, ce qui lui permet de naviguer dans les plus petits canaux et arroyos. A l’avant, le poste de pilotage puis 4 cabines de chaque côté du navire, accessibles par une coursive tournante extérieure, le quartier de l’équipage, la cuisine, le bar et le pont arrière qui sert de salle à manger. Le pont supérieur, d’où la vue est magnifique, est connecté par un escalier en colimaçon.

Le capitaine du Tcharokaa

Le pont arrière du bateau qui sert de carré

Ma cabine, simple mais fonctionnelle, avec douche et wc privé, à bord du Tcharokaa

Après un déjeuner succulent préparé par le cuisinier du bord, nous prenons des vélos et partons à la découverte de quelques endroits particuliers de Sa Dec.

Tout d’abord la maison du mandarin Huynh Thuan, dont le fils fut l’amant de Marguerite Duras (et dont la romancière a raconté l’histoire dans le livre « L’Amant » qui obtint le prix Goncourt en 1984). La liaison que ces deux jeunes gens entretinrent fut interdite par ce mandarin qui maria son fils de force à une femme du cru.

La maison du mandarin Huynh Thuan

Intérieur de la maison Thuan

L’autel des ancêtres

Quelques photos d’époque de Marguerite Duras

A quelques pâtés de maisons plus loin, on peut voir l’école primaire, où la mère de Marguerite Duras était directrice. Presqu’en face, un temple taoïste laisse entrevoir un intérieur rouge sang.

Intérieur de temple taoïste

Maquette de jonque chinoise dans le temple

Quelques tours de pédale plus loin … et nous voilà devant un temple Caodaïste. Cette religion fut fondée en 1925 par Ngo Van Chieu, un fonctionnaire. Cette religion, révélée au monde par cet homme lors d’une séance de spiritisme, se manifesta par l’apparition de l’Empereur de Jade, aussi nommé Cao Dai. Cet être suprême était venu enseigner la Voie et se présenta ultérieurement sous la forme d’un œil (qui est en général au-dessus de l’autel central), symbole de la vision du tout.

Se désignant comme la « troisième manifestation de Dieu pour le salut de l’humanité », le panthéon caodaïste inclus la déesse Quan Am, Lao-tseu, Sakyamuni, Confucius, Quan Long, Ly Thai Bach, Jésus Christ et enfin le génie chinois Khuong Thai Cong…

A l’entrée du temple, sur la porte intérieure, une fresque représente les trois missionnaires divins envoyés comme guides spirituels de l’humanité pour réaliser la « troisième alliance » : on y trouve Sun Yat-Sen (fondateur de la république chinoise), Nguyen Binh Khiem (un grand poète vietnamien) et … Victor Hugo (en temps que réincarnation de Nguyen Du) !

Attention il ne faut pas négliger cette véritable puissance dans le Delta. Prêt de 3 millions de personnes partagent ces croyances et un souverain pontife règne sur un corps sacerdotal complexe.

Porte d’entrée d’un temple Caodaïste. Le personnage du centre est … Victor Hugo !

Intérieur de la salle principale

Au centre de l’autel, l’œil divin

Une barque corbillard caodaïste

La région de Sa Dec est très connue pour les pépinières de toutes sortes de plantes. Nous visions entre autre un commerce spécialisé dans les coussins de Belle-Mère, je veux dire dans les cactus.

Dans une serre qui cultive les cactus

Forêt de cactus

Balade en vélo, le long des canaux, dans les plantations

Petit café installé sur la route

Alors que nous sommes sur le trajet de retour en vélo, une pluie violente s’abat sur nous, nous bloquant pendant  une heure sous un pont. C’est passablement trempés que nous rejoignons le bateau qui met aussitôt le cap vers l’Est.

La vie sur les canaux du delta est rythmée par les passages incessants de navire et barges remplis des plus improbables chargements : sable, riz décortiqué, poissons vivants, paddy de riz, terre pour les briqueteries, victuailles…

En parlant de briqueteries, le guide local, qui stationne à demeure sur le bateau, me propose d’en visiter une. Les images ci-dessous illustrent la vie de ces mini usines.

Les tours de cuisson d’une briqueterie

Première étape d’un long cycle de fabrication : l’argile est apportée par des barges. Cette terre est malaxée, broyée et passée dans une machine qui la compresse

Cette machine, sous pression, expulse un flux ininterrompu de briques en terre crue. Ce jet continu est coupé dans sa longueur

Des paysannes arrondissent leurs fins de mois en faisant de la manutention

Séchage pendant 3 à 4 jours dans des entrepôts

Empilement de briques crues dans un petit four, avant cuisson

L’entrée des grands fours est un brasier alimenté par du paddy (écorce de riz décortiqué). La cuisson dans les grands fours dure 40 jours

Après cuisson et refroidissement (7 jours), les briques cuites sont sorties des grands fours

En face des fours, un énorme stock de paddy de riz

Déchargement des barges qui transportent du paddy

Après cette visite, nous mettons le cap pour Cai Be. Le bateau mouille dans une anse naturelle du Mékong et la nuit s’installe progressivement.

Un grand pont tout neuf (moins de 2 ans) enjambe le Mekong

Bateaux destinés au transport de poissons vivants, des lieux de pêche vers les marchés de Saigon. Les vietnamiens n’achètent jamais ce qu’ils appellent du poisson mort !

 

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