Réveil difficile après une nuit où la pluie est venue picoter les toiles de tente. On se met doucement en marche scrutant avec inquiétude un ciel désespérément gris. Moult cafés plus tard, l’heure du départ sonne. Au programme de la journée, une longue randonnée pour déboucher en apothéose sur les grandes cascades de la rivière Yellowstone. Un court trajet doit nous mener au point de départ mais c’est sans compter sur la faune locale qui prend un malin plaisir à déambuler paisiblement au milieu de la route.
Un premier arrêt est nécessaire pour laisser passer un troupeau de bisons puis, instant magique, une femelle grizzli déboule de la forêt avec ses deux petits. Indifférents à nous, ils se lancent dans des chamailleries à ne plus finir, roulant l’un sur l’autre ou se dressant sur leurs pattes. Spectacle magnifique et c’est à regret que l’on voit la mère siffler la fin de la partie et emmener tout son monde dans la forêt.
La randonnée se déroule dans l’immense caldera du Yellowstone. Le paysage, doucement vallonné, alterne vastes prairies, cours d’eau paresseux et forêts de pins. Cà et là, on croise quelque bisons que Marc, notre guide, nous apprend à contourner. Le paysage dégage une intense sensation de tranquillité avec l’impression d’osciller entre Patagonie et Alaska. A l’approche d’un énième bison, on opère comme d’habitude mais visiblement quelque chose a changé. D’abord, la bête est énorme et surtout elle est très agitée. Elle se dégage en forêt pour démarrer une sorte de danse de Saint Gui, sautillant sur elle-même. Voilà, on la dépasse et l’histoire semble finie. C’est ce moment là qu’elle choisit pour s’élancer vers nous, procédant par bonds et s’entraînant à donner des coups de corne. Elle choisit son matador et ce sera Marc. Acceptant le défi, il nous quitte et court droit devant lui à travers la prairie. La course s’engage, force contre finesse. Marc a un plan, viser un arbre et se cacher derrière. On reste médusé à observer la scène. La bête est toute proche, elle fait tourner ses cornes dans le ciel, lui grattant presque le dos. Comme dans un dessin animé, on le voit rentrer les fesses pour mettre quelques centimètres entre elle et lui. Jean François se rend compte que Marc, tout débrouillard qu’il soit, ne dispose ni de banderilles ni de muleta. Il écarte les bras et se met à crier, attirant enfin l’attention de notre bison. La seconde partie du face à face est une affaire d’orgueil. Il doit rester stoïque, ne pas reculer, pour montrer au bison sa force. Miracle, après quelques secondes où les deux adversaires se toisent, le bison décide de nous quitter et de rentrer en forêt. Encore deux ou trois effets de sa part pour ne pas perdre la face et nous pouvons poursuivre notre balade.
Une fois remis de nos émotions, on se laisse engloutir dans une forêt de pins. Le chemin longe régulièrement des étangs jusqu’à rejoindre soudainement le bord du canyon du Yellowstone. Très profond, on comprend enfin le nom donné au parc. Les flancs dévoilent une extraordinaire palette de couleurs allant du gris pâle au violet en passant par le jaune. Toute la pente est parsemée de cheminées de fées. Notre randonnée se poursuit sur la ligne de crête, le regard plongeant dans les abysses du canyon. On finit par rejoindre la plus grande chute du Yellowstone. Le débit, gonflé par les pluies, est énorme. On s’imprègne du spectacle avant de repartir, sous un timide soleil, vers une seconde chute puis vers la fin de notre balade.
Malgré une météo capricieuse, la boutique du blog est restée ouverte aujourd’hui. Malheureusement, votre serviteur n’a pu prendre que peu de photos.




