6 juin : One Million Dollar Cowboy

Jour pluvieux, soirée heureuse, tel pourrait être le précepte d’aujourd’hui. Pour une fois, changeons le décor et démarrons par la soirée d’hier. Une fois finies les vastes assiettes du steak house local, nous migrons dans le bar à la mode de Jackson Hole. Dès l’entrée, on est happé par le brouhaha. L’endroit est vaste et bas de plafond.
Sur la gauche, des tables de billards ; sur les côtés deux bars interminables avec des selles de cowboys  en guise de tabourets. Dans le fond, quelques tables rondes dominent un parquet minutieusement lustré. Une scène ferme la pièce et bientôt la musique démarre. Il était temps car plusieurs couples patientent et s’élancent sur la piste dès les  premières notes.
Il s’agit de « bluegrass », une sorte de country et les morceaux sont connus de tout le monde. Les femmes sont apprêtées et les hommes ont l’uniforme : boots, chapeau de cowboy, moustache ou barbichette. Le côté appliqué des danseurs a quelque chose de désuet, il s’agit de prendre du plaisir mais aussi d’affiner sa technique en vue du concours qui finira par élire le meilleur couple  de danseurs de l’Etat du Wyoming.
Le parquet est tellement ciré que les danseurs glissent dessus, exécutant leur pas presque au ralenti. Deux couples se détachent, l’un évoluant avec une lenteur déconcertante, comique par leur façon de se regarder danser ;  l’autre, par contraste, mené énergiquement par un vieux cowboy à la barbe blanche. La femme du premier passe d’ailleurs dans les bras du second. Dans lesquels a-t-elle pris le plus de plaisir, on ne le saura jamais.
Marc, auréolé de son titre de chasseur de bisons, inviterait bien quelques locales à le suivre sur la piste. Jugeant avec tristesse le dénuement de son équipement, il préfère s’abstenir et continue à siroter doucement sa bière.
Dernière particularité, la légende veut qu’un million de dollar, sous forme de pièce de 1 dollar, soit incrusté dans les plateaux des deux bars. Il nous faudrait trop consommer pour en avoir le cœur net et nous rentrons sagement nous coucher.

 Le lendemain matin, force est de constater que la vaste éponge qui nous domine depuis le début du séjour s’est rechargée et commence à s’essorer sur nous. On est obligé d’alléger le programme et on part se balader sur les bords du lac Jenny. Les grands Tétons se sont retirés derrière un voile de brume. Dans un Visitor’s center, on tombe sur une carte satellite qui éclaire la situation. Un vaste courant dépressionnaire s’étire en arc de cercle à travers les Etats que l’on traverse. Plus au sud, le ciel semble dégagé. Je discute avec Marc et rapidement, nous tombons d’accord pour proposer à notre joyeuse équipée de descendre plus tôt dans le sud. C’est l’espoir de courir plus vite vers le soleil et d’ajouter à notre périple la découverte du parc de Zion. Tout le monde approuve le changement et on part le cœur léger dans l’Idaho.

 On emprunte une vallée sinueuse et marécageuse, à la recherche des « moose », l’équivalent américain des caribous du Canada. Les femelles ont mis bas à la fin de l’hiver et se laissent facilement observer. Mais de grands males … point … jusqu’à ce qu’Yvette hurle : bison ! Après vérification, la bête a plutôt des bois que des cornes et un museau aussi arrondi que long. On tient notre grand mâle.

Il est temps de franchir le col Teton (2500 m)  et de se laisser glisser vers Victor.  On s’installe dans un camping agréable sur le versant ouest du massif. Les gérants, comme partout depuis le début du voyage, sont charmants et se mettent en quatre pour nous faire plaisir. Le site est bucolique avec ses pelouses perlées de fleurs. On est seul et la soirée s’annonce douce. En attendant l’heure de l’apéro, différents stands sont ouverts. Cela va de la balade au ping-pong en passant par une bonne partie de belotte. La soirée est belle, avec beaucoup de rires. 
Ce sont nos derniers instants dans le nord. Même si  la météo a été capricieuse, la faune omniprésente et la nature nous ont marqué. Il faudra revenir ici, découvrir les autres beautés de cette région, plus haut dans le nord-ouest, dans les Etats de l’Oregon et de Washington. Comme souvent dans un voyage, des phrases reviennent en boucle  et deviennent des slogans que chacun reprend. Incontestablement, cette première semaine restera marquée par le célèbre « ça va se lever » que Marc entonnait chaque matin, tempéré aussitôt par notre groupe d’un  « le plafond est bas ».

 Allez, rendez vous demain dans l’Utah… !

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