
Avant de partir, on fait un tour dans une institution de l’ouest Américain : le complexe du Ruby’s Inn. Quel que soit vos désirs à Bryce, vous finirez forcément ici.
L’histoire commence en 1906 lorsque Minnie et Rubby Sirret réalisent leur rêve en achetant un ranch, au bord du plateau de Paunsaugunt.
Quelques semaines plus tard, un voyageur discute avec Rubby et lui demande s’il connait « le trou dans la terre ». Rubby répond non et s’empresse d’y aller. Il découvre le cirque de Bryce. Emerveillé, il décide que tout le monde doit pouvoir découvrir cet endroit et construit en 1920 un hôtel rustique au bord du Canyon. Les visiteurs commencent à affluer. En 1923, le parc national est créé et Rubby doit céder son lodge à la compagnie du rail du Pacifique. Il retourne dans son ranch s’occuper de son bétail mais l’année suivante, il décide de bâtir sur ses terres ce qui deviendra le Rubby’s Innn. Aujourd’hui, cet incroyable business est tenu par les descendants de Rubby. Vous y trouverez tout, depuis l’hébergement jusqu’au matériel de camping en passant par les bouquins, les pièces d’arbres fossilisés, l’essence, l’alcool, la nourriture…
Pendant que les femmes font quelques emplettes, avec Jean Pierre, nous nous attelons à une tâche anodine par ailleurs mais héroïque ici : passer un coup de téléphone. Tous les voyageurs ont pris l’habitude de passer un coup de fil depuis les endroits les plus invraisemblables, que l’on se trouve au plus profond d’une vallée himalayenne ou au cœur de la savane africaine. Par contre, saviez vous qu’une contrée résiste au progrès, mettant tout en œuvre pour rendre impossible toute communication et que cette contrée s’appelle les Etats Unis d’Amérique. Laissez-moi-vous expliquer. D’abord, il faut trouver un coin où acheter une carte téléphonique, pas simple, ensuite il faut que cette carte soit effectivement approvisionné, rare et après commence l’Everest : composer votre numéro. Pour vous mettre en jambes, vous pianotez une douzaine de numéros. Là, une voix suave vous parle en anglais ou en espagnol, langues majoritairement inconnues des Français et vous invite à faire tout un pianotement de numéros pour ne pas perdre la main. Un silence s’installe, vous pensez avoir perdu la ligne mais pas du tout on vous invite maintenant à rentrer votre code secret, encore 10 numéros. Il faudra une petite semaine d’entraînement pour arriver à cette étape à coups de raccrochages rageurs et de jurons bien sentis. Vous croyez être sorti d’affaire parce qu’il ne vous reste que votre numéro à composer mais pas du tout. Un esprit malicieux a voulu que chaque carte possède ses propres codes de numérotation avant le nirvana. Cela peut être 1 + 00 33 ou 011 33 ou que sais-je encore. A ce moment là du parcours, l’angoisse monte d’un cran et une profonde dépression s’abat sur vous si votre correspondant est en train de cueillir des fleurs dans son jardin. Vous songez déjà à l’épreuve qu’il va falloir répéter avant l’apothéose finale : dire bonjour à sa femme ou ses enfants restés à la maison. Seule Nadine, génie faite femme, s’est sortie de ce labyrinthe infernal au premier essai. Jusqu’à ce matin, on la regardait avec admiration, témoins silencieux de ce miracle. Mais voilà, là où il y a une volonté il ya un chemin et nous aussi nous avons réussi. C’est le torse fier et le regard haut que l’on monte dans le bus, prêts à affronter toutes les épreuves du jour.
On part plein est, traversant d’abord un plateau monotone qui s’interrompt brutalement, délivrant une vue stupéfiante sur une vaste peau craquelée de roches beiges et striée de fissures. On descend à l’entrée du canyon de Calf creek, point de départ de notre balade. On laisse enfin les Mormons pour pénétrer un territoire longtemps habités par les Indiens. La marche est douce, sur une terre ocre parfois sableuse, en rive droite du ruisseau. On est de nouveau encadré par des bombements, des falaises ou des pitons colorés. Plusieurs arrêts nous permettent de découvrir les traces d’une vie indienne, que ce soit un grenier maçonné en pleine paroi ou d’énigmatiques peintures rupestres. Le fascicule récupéré à l’entrée du chemin mentionne que le garde-manger a plus de 800 ans, précisant qu’il s’agit de l’ère préhistorique. Nos ancêtres du moyen-âge seraient heureux d’apprendre qu’ils étaient des êtres à peine différenciés de l’animal ! Le grondement d’une cascade annonce la fin de notre marche. On arrive au pied d’une chute de 30 m qui remplit une vasque. La baignade est fraîche mais, ô combien agréable, sous cette chaleur. On suit le même sentier au retour. Une fois remontés dans le véhicule, on s’enfonce toujours plus à l’est, dans un pays de plus en plus sauvage. Le paysage est étonnamment varié, passant d’un désert blanchâtre à une verdoyante forêt d’Aspen, notre bouleau. Après un dernier col à près de 3000 m, on descend vers le village de Torrey, étape du jour. On s’installe pour deux nuits dans un camping très agréable avec son gazon impeccable, sa piscine et sa vue sur des falaises ocre. Demain, lever tôt pour randonner dans le parc national de Capitol Reef.
Panorama sur le plateau du Grand Staircase
La Highway 12
L’entrée du canyon de Calf Creek
Les falaises colorées du canyon de Calf Creek
Marc, notre sherpa pour le piquenique
Au cours de la balade
Cactus en fleurs
Les falaises colorées du canyon de Calf Creek
Travail de l’érosion sur les falaises
Enigmatiques peintures rupestres
La cascade de Calf Creek
Notre chariot bâché pour cette chevauchée dans l’ouest Américain











