Qu’il est bon de vous écrire ce soir, installé sous l’auvent de notre campement. La chaleur ne baisse pas en cette fin de journée et la lumière devient rasante sur le lac et les falaises ocres. Sans vous révéler les secrets de fabrication du blog, il faut bien avouer que ce n’est pas toujours une sinécure, surtout lorsque les éléments s’en mêlent. Entre les messages envoyés sous la pluie, la connexion satellite qui paresse, la batterie qui tombe en panne obligeant à un repli nocturne dans les toilettes du camping, il faut de l’opiniâtreté pour vous envoyer chaque jour un billet. Mais ce soir, tout est effacé par la belle journée que nous venons de passer.
Tout a déjà bien commencé ce matin. En arrivant dans l’Arizona, nous gagnons une heure de sommeil. Nous quittons le « Mountain Time » pour entrer dans le « Pacific Time », deux des quatre fuseaux horaires découpant les Etats Unis (hors Alaska).
Nous descendons vers la marina pour prendre possession de notre bateau.
Après les explications d’usage, c’est parti pour la navigation sur le lac Powell. La forme du lac n’a rien à voir avec celle de chez nous. Il faut s’imaginer un gigantesque squelette de poisson s’étirant sur plus de 300 km où chaque canyon aurait été envahi d’eau par l’ouverture du barrage. Ce qui devait ne servir qu’à alimenter en énergie les villes gaspilleuses de Las Vegas et Los Angeles est devenu une formidable aire nautique.
Le canyon fraie son chemin à travers les tables rocheuses du Colorado. Sur ses bords, le grès est une pâte tendre, parfois moulée en rondeurs colorées et à d’autres moments dressée dans le ciel sous forme de forteresses solitaires. Nous naviguons pendant deux bonnes heures avant de suivre un défilé sinueux qui nous dépose au débarcadère de l’Arche Navajo. Cette année est fêtée le centenaire de ce monument national que les Navajos ont accepté de concéder à l’Etat en contrepartie du respect de leurs croyances. Ainsi, le site est fermé lorsque les tribus indiennes se rassemblent ici pour des célébrations et il est strictement interdit de traverser l’arche. Avec ses 93 m de hauteur, elle est la plus haute du monde et prend son appui sur un ruisseau dérisoire alimenté par une résurgence.
Nous rencontrons un rangers, extrêmement sympathique comme toujours depuis le début du voyage. Ici, l’uniforme ne semble pas transformer en personnage antipathique les hommes qui le porte, bien au contraire. Il nous raconte sa vie, il est désormais à la retraite mais vient toujours donner un coup de main pour la saison d’été. Il est heureux de quitter pour quelques mois son Oregon pluvieux pour se gorger de soleil et de rencontres. Il est tellement chaleureux qu’Yvette ne peut résister au plaisir de se coiffer de son célèbre chapeau à large bord.
Nous repartons piqueniquer sur une plage de sable orange. Le soleil est écrasant mais le lieu tellement enchanteur que notre petit groupe se verrait bien abandonné ici pendant quarante jours, rejouant une version américaine de Koh-Lanta. Après une courte sieste, nous sommes prêts à diriger notre bête de 150 chevaux. Jean Pierre se lance, faisant admirer toute sa maestria du pilotage ; Nadine se fait prier pour pousser à fond l’accélérateur, heureusement Marc est là pour lancer à fond la machine. Nous craignons le pire lorsque Fabienne prend les commandes. Sa conduite par secousses finit par s’apaiser et nous ressortons miraculeusement indemne de sa séance de pilotage. Quand à Jean François, il démarre par un petit tour au ralenti avant d’appuyer sur l’accélérateur. Le tour est long et le bateau gourmand. Nous faisons un détour pour le réalimenter dans une marina cachée au fond d’un canyon. Après un ice-cream bien crémeux, nous retournons à notre camp. Demain, nous poursuivons le long du Colorado pour rejoindre le Grand Canyon. Au programme, un survol en hélicoptère. Mais chut, nous vous en reparlerons demain.
Dernières explications avant le départ
Un »house boat », drôle de maison flottante…
Le défilé pour rejoindre l’arche Navajo
L’arche Navajo, la plus haute du monde
Tout le groupe au pied de l’arche
Yvette se prend pour un ranger !
Dans les défilés du lac Powell
On refait le plein à la marina Dangling






