16 juin : Descente dans les Abysses

Autant le dire tout de suite, la randonnée d’aujourd’hui est un morceau d’anthologie que tout amoureux de la marche doit absolument faire une fois dans sa vie. Nous sommes le lendemain et je suis encore baba de la folle journée d’hier.

Le complot s’est mis en place en pleine nuit. Réveil à 3H15, petit déjeuner à 3H30 et départ 1h plus tard pour aller prendre la navette de 5h qui nous dépose au point de vue de Yaki. C’est le point de départ de la descente dans les abysses du Grand Canyon par le chemin de South Kaibab. Vous avez bien lu les horaires, nous ne partons pas pour une course d’alpinisme mais une simple randonnée. Simplement la longueur du trajet et surtout la chaleur oblige à un départ matinal.

Nous profitons ainsi du lever du soleil qui met le feu au grès Navajo. Le chemin, large et bien maçonné, se faufile à travers une étrave de pierre qui s’avance dans le Grand Canyon. La pente est douce, sans à coup et nous perdons rapidement du dénivelé. En descendant les différentes strates rocheuses, les couleurs changent. Le crémeux du calcaire laisse la place à l’inamovible ocre du grès Navajo. Nous rejoignons rapidement l’immense plateau de Tonto. Une bifurcation permet de rejoindre directement l’oasis d’Indian Garden.

Des thermomètres régulièrement placés indiquent que la température grimpe en flèche malgré l’heure matinale. Il  fait déjà plus de 30° et 8h sonne à peine.  Du bord de l’ultime Mesa, nous apercevons enfin le Colorado, ce fleuve mythique dont le cours à cet endroit est une anomalie géographique.

Il a fallu qu’il rencontre une couche de roche dure pour dévier son cours vers l’ouest et creuser sur plus de 450 km le Grand Canyon.

Dès que nous le pouvons, nous nous aspergeons et mouillons nos habits. Un coin d’ombre et c’est une pause. Quelques lacets au bout d’un faux plat nous amène à Indian Garden. Nous pensons rêver mais non, nous sommes bien au cœur d’une oasis avec ses jardins, sa végétation touffue et ses majestueux Cottonwood qui prennent racine au cœur même du ruisseau. Nous faisons une longue pause pour profiter de cette ombre bienfaisante. Le vent s’est levé et souffle par bourrasque, agitant les vastes branches des Cottonwood. La sieste est délicieuse même si l’espoir de voir la température diminuer est vain.

Les troupes sont moins vaillantes que ce matin et c’est en ordre dispersé que nous repartons. Nadine et Jean François le suivent de peu. Pour rythmer la marche, Jean François a une astuce. Tous les trois pas, il maudit les rondins de bois qui entravent le chemin et l’empêche de développer sa foulée céleste. Technique bizarre mais qui semble fonctionner car il rejoindra sans encombres le plateau. Derrière, Marc ferme la marche avec Jess et Fabienne. Le chemin est moins spectaculaire et tortueux qu’à la descente, il se contente de remonter le cours rectiligne de la vallée. Par contre, il laisse tout loisir pour admirer les étagements géologiques du canyon. Une multitude de couches de roche cascadent les unes sur les autres. En partant du haut, le Grand Canyon démarre par une haute falaise calcaire qui tombe droit sur une épaisseur de grès Navajo. Lui, plus tendre, préfère se laisser sculpter en marches qui viennent buter sur une nouvelle hauteur de roches mêlées qui se plante à la verticale sur le plateau suspendu du Tonto. De loin en loin, des points d’eau rythment la montée. Nous les atteignons avec l’énergie d’une jument asséchée. Chacun est maintenant éparpillé façon puzzle sur le chemin. Avec Marc, nous gardons un œil sur chacun. Je profite d’une cavité à l’ombre pour faire une pause.

L’instant est rare et confine au magique. Le silence est à peine troublé par le murmure du Colorado qui depuis longtemps a disparu. Devant moi, des geais bleus plongent toutes ailes repliées dans le canyon tandis que deux condors planent dans le ciel. Lentement, un train de nuages rentre dans le canyon plongeant dans l’ombre les pyramides ruinées de  la rive nord. J’ai du mal à quitter ce moment suspendu. Heureusement, nous montons les dernières pentes à l’ombre et c’est «sonné» que nous atteignons enfin le bord du plateau. Il est tard et nous filons au camping. Le vent a dispersé sable et poussière au creux des tentes. Par bonheur, Marc nous prépare un barbecue avec des steaks aussi gros et savoureux que la journée fut belle et difficile. Une journée inoubliable pour tous, qui vaut à elle seule le voyage.

Jess au début de la descente

 

Le chemin est très bien tracé

 

Genevriers sur un plateau

 

Magie des contrejours…

 

Plateau

 

La descente continue …

 

L’immense plateau de Tonto

 

La flore change au fur et à mesure de la descente

 

Dans la descente

 

La chaleur commence à taper très fort …

 

 Contemplation du Colorado

 

Bright Angel

 

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