Le soleil s’est levé depuis longtemps et pourtant rien ne bouge dans le camp. Chacun récupère des efforts de la veille.
Notre fine équipe finit par se mettre en branle. Un dernier pancake et c’est parti. Il faut dire que la route est longue et que le soleil va cogner dur aujourd’hui. Nous suivons une autoroute parcourue de trucks et d’interminables trains qui traversent les USA avant de bifurquer sur la route 66. Cette voie mythique n’a pas été créée de toute pièce, elle est née de la réunion d’un ensemble de routes jusqu’à former un trait ininterrompu de l’Atlantique au Pacifique, reliant les villes de Chicago à Los Angeles.
Elle est tombée dans l’oubli lorsque l’autoroute 40 fut construite. Il fallu attendre l’intérêt du cinéma et des bikers pour que ce trajet redevienne à la mode. Aujourd’hui, il s’agit d’une route historique, protégée et populaire surtout auprès des étrangers. Nous parcourons son plus long segment entre Seligman et Kingman. La route est un trait droit, fendant un paysage vide et désertique, habité par les seuls arbres de Josué.
Premier arrêt chez les frères Delgadillo, une des légendes de la route. L’un a monté un petit snack, l’autre est devenu barbier. Les affaires étaient florissantes jusqu’à ce que la route ne soit plus empruntée. Heureusement, Angel le barbier, collectionnait depuis longtemps tout un bric à brac d’objets se rapportant à la route. Cela lui donna l’idée de les exposer dans sa boutique et depuis, chacun s’arrête prendre un bain de nostalgie avant de poursuivre sur Kingman.
Nouvelle pause pour déjeuner à Hackberry, un vieux garage perdu sous le soleil de l’Arizona. De vieilles pompes à essence et d’antiques bagnoles aux chromes luisants sont garées devant le magasin. Un gars de l’ouest sympa, stetson et santiags aux pieds, veille sur tout un bazar d’objets, depuis les photos jaunies des stars passées jusqu’aux plaques d’immatriculation des différents Etats. Mais le meilleur coin reste les toilettes. Manquant certainement de peinture pour les rafraîchir, le propriétaire a préféré les décorer d’une mosaïque de bimbos, très années 80 et surtout très dévêtues qui nous laissent rêveurs. Nous déjeunons à l’ombre tandis qu’un vent chaud fait grincer une vieille enseigne de la route 66. Fermez les yeux, vous êtes dans « Il était une fois dans l’Ouest ».
Il est maintenant temps de la quitter pour traverser le barrage de Hoover dont la retenue d’eau forme le lac Mead. Nous sommes à l’extrémité du Grand Canyon là où, creusant dans des roches plus tendres, il reprend son cours vers le sud. Les autorités sont inquiètes à l’idée d’un attentat qui viendrait submerger Las Vegas et Los Angeles. Le site est hyper sécurisé, les hélicos tournent sans cesse, chaque véhicule est arrêté et contrôlé avant de repartir vers Las Vegas.
Arrivés au motel, nous osons à peine sortir du minibus tellement la chaleur et le vent chaud sont accablants. Nous pensons presqu’avec nostalgie à la fraîcheur du Montana. En début de soirée, nous partons pour le « strip », la grande avenue de Vegas, bordée d’hôtels-casino extravagants. Que dire sur cette ville délirante ? Les impressions se bousculent, souvent contradictoires. Les sens sont excités, harcelés, martyrisés. Retrouver autant de monde après les espaces immenses nous désoriente. Ici, tout n’est que bruit et fureur. La musique se déverse à flot dans la rue et partout d’immenses enseignes lumineuses cherchent à attirer le chaland. Nous nous laissons aspirer par le flot des passants, déambulant d’un hôtel à l’autre.
Tous sont plus délirants les uns que les autres. Le Venitian a reconstitué Venise avec ses ponts, ses canaux et ses gondoles. Des couples prennent place tandis que des bateliers leur chantent des sérénades en play back. Le New York New York représente les grattes ciels et la statue de la Liberté de la grosse Pomme. Paris et l’Egypte ancienne sont aussi à l’honneur.
D’immenses galeries commerciales, climatisées et tapissées d’un ciel en trompe l’œil nous engloutissent. Tout est fait pour désorienter et aucune sortie n’étant indiquée, il faut errer un long moment avant de revenir à l’air libre. Nous faisons un tour dans l’immense salle de jeux du César Palace. Désiré a la main chaude, il gagne le jackpot aux machines à sou soit la fortune de 24 dollars avec une mise de 30 cents. Nous finissons devant la façade du Bellagio, au pied d’un immense bassin. Nous admirons le fabuleux spectacle des jets d’eau animés par les musiques de Sinatra ou des Western spaghetti.
Ecusson de la célèbre Highway 66
Pompe à essence sur la 66 !









