22 juin : Sur le toit du Half Dome

Les ours qui rodent perturbent la routine de nos départs nocturnes en randonnée. A 4h du matin, nous nous rendons aux toilettes avec inquiétude, balayant les allées sombres du camping de nos lampes frontales dans la peur d’entrevoir deux yeux fixes dans la nuit.

Pour limiter les odeurs de nourriture, nous nous entassons à l’intérieur d’une cabine pour prendre le petit-déjeuner. Jean François, le plus fort d’entre nous, fait le gué à l’extérieur. Il faut croire que son air impressionnant en impose car les ours restent sagement planqués.

Tout se passe sans encombre, notre tribu gauloise a résisté aux attaques et c’est d’un pas assuré que nous gagnons notre véhicule. Nous traversons en somnolant une forêt de pins quand soudain un ours brun jaillit au bord de la route. En quelques bonds agiles, il regagne les fourrés nous laissant entrevoir ses fesses dodues de marmotte.

Plusieurs chemins mènent au Half Dome, nous avons choisi un large tour démarrant par un sentier panoramique. Le chemin s’enroule autour du Half Dome, dévoilant des vues sans cesse renouvelées sur ses différentes faces.

La lumière dorée du matin donne l’impression d’être plongée au cœur d’un tableau romantique du 19ème siècle. Le chemin est désert, seulement fréquenté par les animaux qui déambulent tranquillement vers leurs activités matinales. Nous croisons des mules deer, le chevreuil local avec ses oreilles d’ânes puis un lagopède qui déploie son éventail de plumes à la recherche d’une femelle consentante. Depuis les branches des arbres, des geais bleus observent notre progression. Une descente à l’ombre nous amène au bord de la cascade Ilouette. Dans la montée qui suit, Nadine prend les choses en main et nous sert de lièvre. Un bon pas permet d’atteindre rapidement la cascade Nevada. Nous nous approchons pour observer cette chute impressionnante. Nous sommes maintenant à la jonction des chemins et quittons avec regret notre tranquillité pour nous insinuer dans la chenille processionnaire partie depuis la vallée pour le Half Dome.

Le sommet se retire de la scène pour un temps. Nous progressons un long moment à travers la forêt. Par endroit, des séquoias à l’écorce cuivrée fendent de leur tronc la canopée. L’air est sec avec un parfum d’aiguilles de pin grillées. Arrivé à un col, les choses ardues commencent. Un escalier de granit permet de se dresser sur le dôme sud. Le point d’observation est excellent sur la section câblée qui suit. Chacun récupère une paire de gants et c’est parti pour un joyeux bordel. Ce qui ne devrait prendre que 10 mn s’éternise.
Il faut dire qu’il faut bien chercher pour trouver une personne qui ai un vague cousinage avec un sportif. Quand aux montagnards à la barbe blanchie sur les sentiers et le regard perçant fixé sur l’horizon, l’espèce a depuis longtemps disparue si jamais elle n’a jamais existée. Cela fait longtemps que le bel ordonnancement de la chenille s’est disloqué. Ce ne sont plus que faces rougies par le soleil, visages au bord de l’apoplexie ouvrant grand la bouche à la recherche d’un peu d’air, enfants terrorisés par leurs parents qui les forcent à continuer. Pour finir de congestionner le passage, il faut faire avec ceux qui descendent lourdement ce passage étroit. Tout malheur ayant une fin, la pente finit par s’arrondir, nous pouvons lâcher les câbles et atteindre le sommet. Après la raideur des faces, le vaste arrondi du sommet surprend. On se croirait sur la carapace d’une gigantesque tortue de pierre. Isolé au centre du massif, la vue est large sur l’ensemble du parc. Le regard plonge vers la verte vallée de la Merced quittée ce matin ou prend de la hauteur vers le plateau de Tuolomne Meadows couronné de sommets enneigés.

La descente reprend le chemin de l’aller jusqu’à la cascade Nevada. Nous poursuivons par le « Mist trail », un sentier raide passant d’une cascade à l’autre. La foule grossit jusqu’à devenir impressionnante. On se croirait plus un samedi après-midi sur les Champs Elysées que dans la « Cathédrale de la Nature » chantée par John Muir. De retour au village Curry, nous admirons une dernière fois la face nord-ouest du Half Dôme. Il est temps de ranger les chaussures de trek. Demain, nous partons pour San Francisco.

Un mule deer sur le chemin de « glacier point »

 

Le Half Dome en contre jour

 

Descente vers le Dome Sentinelle

 

Jean François et Nadine au bord de la chute de Nevada

 

Le débit furieux de la chute

 

Jean François et Fabienne au bord de la cascade

 

Ca y est, on est au pied du Half Dôme

 

La section des câbles

 

Vue sur la vallée de la Merced depuis le sommet du Half Dome

 

Vue vers le plateau de Tuolomne Meadows

 

Vue sur le mont Hoffman

 

Les chutes de Nevada depuis le sentier du Mist Trail

 

Le rideau d’eau des chutes Vernall

 

Dernier regard sur la face nord-ouest du Half Dome depuis notre camp de Curry

 

 

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