La descente du Rio San Juan - Voyage au Nicaragua

Le lendemain, nous quittons l'île de Mancarrón. Cette fois, nous avons un bateau nettement plus moderne et beaucoup plus puissant : deux moteurs de 140 chevaux, mais un seul est mis en marche, l'autre est relevé. Cette fois, c'est à 35 km/h que nous filons sur le lac au lieu des 15 km/h de la veille. Passage par les îles de Zapote et Zapotillo, l'île aux oiseaux, pour y observer la faune aviaire. C'est sûr que la plume ne manque pas ; outre les cormorans, hérons et aigrettes, les plus jolis oiseaux sont les spatules roses, superbes. Nous continuons notre voyage jusqu'au port de San Carlos où nous débarquons. Cette petite ville est située à l'endroit où démarre le Rio San Juan qui va aller se jeter dans la Mer des Caraïbes. Le terminal portuaire est très populeux ; et, une fois de plus, il y fait une chaleur moite et collante. Mauvaise nouvelle, la lancha publique que nous devions prendre ensuite affiche complet et attendre la suivante nous ferait perdre trois heures. Du coup, Augusto rappelle le bateau que nous venons de quitter ; et c'est lui qui, moyennant une petite contribution financière de notre part, nous conduira à l'étape suivante. Le temps qu'il revienne, nous en profitons pour faire un tour de la petite ville qui est toute de bric et de broc, avec d'énormes flaques d'eau et de boue partout, mais assez sympathique au demeurant. Les gens sont aimables et souriants, mais il y a pas mal d'obésité due, évidemment, à la malbouffe. Ils ont tous un sachet de saloperie sucrée-salée à la main ou un coca-cola (voire les deux, un dans chaque main). Partout aussi, des slogans un peu puérils et bien sentis, soit politiques, soit religieux, soit les deux à la fois : Nicaragua, la alegría de vivir en paz, cristiana, socialista, solidaria ... Ici, coco et catho font visiblement bon ménage. Partout aussi, en plus du drapeau national bleu et blanc, des drapeaux noir et rouge du FSLN, le front sandiniste de libération nationale. NIC-2015-06650 NIC-2015-06670 Ensuite, chaussés des inévitables bottes en caoutchouc, nous partons visiter les alentours. Arbres, fleurs et bestioles ; mais une boue glissante, collante et visqueuse, nous ventouse les bottes à chaque pas. Chaque fois que nous levons un pied, cela provoque l'harmonieux bruit de succion d'un Japonais avalant son bol de nouilles chlourp chlourp ; et, si nous avons eu le tort d'en choisir une paire un peu à l'avantage, le pied vient, la botte reste ... Inutile de décrire l'état de nos vêtements à la fin de la journée surtout que certains d'entre nous ont posé le train d'atterrissage sur le chemin ! Avant de pouvoir enfin se relaxer, nous nous précipitons tous sous la douche (froide, ou plutôt, fraîche) car nous avons beaucoup transpiré aujourd'hui dans cette atmosphère saturée d'humidité qui procure vite une délicieuse sensation de pourrir sur pieds ! Après le repas, excellent, nous allons faire une balade nocturne sur la rivière. Les caïmans se repèrent facilement par leurs yeux que l'on peut voir briller en rouge dans le faisceau des lampes frontales. Beaucoup de lucioles aussi. Balade agréable au ras de l'eau et en silence car c'est à la pagaie que l'on avance ... et, aussi, bienfaisante fraîcheur après la chaleur de la journée.

[1] Sur pilotis pour limiter l'humidité et se prémunir d'éventuelles inondations. Comme il faut plusieurs jours pour sécher le moindre vêtement, les cabanes d'ici ressemblent donc un peu à des villages bouddhistes où les drapeaux à prière seraient remplacés par les cordes à linge  [2] Peu visité par les touristes, ce village s'étale sur les deux rives du Rio Sábalos qui est un affluent du Rio San Juan. Des barques à rames assurent la liaison entre les deux parties du village. [3] Le nom vient du fort qui permettait de surveiller la rivière ; car il y a des rapides à cet endroit, donc la rivière n'y est pas très praticable. L'amiral Nelson, himself, est venu guerroyer devant ce fortin.