A l'assaut du Mont Bokor - Voyage au Cambodge : Balade chez les Khmers

Extrémité d'un grand plateau de plusieurs dizaines de kilomètres, le Mont Bokor domine les environs de ses plus de 1000 mètres d'altitude. Ceinturé d'une forêt dense, cette mini chaîne de montagne a été déclarée parc national de Phnum Bokor. Le but de cette journée est donc de gravir ce sommet en partant du niveau de la mer. Pour cela, impossible de s'y aventurer seul, il nous faut un guide local. A huit heures du matin, nous retrouvons celui-ci au point de départ, situé au bord du fleuve, à côté du chantier de construction d'un barrage. C'est un ranger du parc national qui a la particularité de porter avec lui une bonne vieille Kalachnikov ! Il m'explique que cette arme est indispensable car il représente l'Ordre, et qu'il doit quelques fois arraisonner des braconniers ou des coupeurs sauvages d'arbres... Au départ de notre mini trek, le sentier est bien marqué. Des petites cahutes marquent l'itinéraire, au milieu de plantations de bananiers. Puis assez rapidement nous entrons dans la forêt profonde, avec l'avantage d'avoir beaucoup moins chaud qu'en terrain découvert. A un certain moment nous croisons au moins une cinquantaine d'hommes qui tirent des planches et des poutres. Je demande alors à notre ranger une explication sur sa passivité devant un acte manifeste de déboisement sauvage. Il me répond le plus calmement possible que ce sont des villageois qui vont construire leurs maisons, et que donc ils ont le droit de procéder à des abattages sélectifs ! Nous verrons dans la montée que ces villageois coupent de magnifiques arbres dont ils ne récupèrent qu'une infime partie, en taillant des planches à la tronçonneuse.    Progressivement le sentier devient de plus en plus petit, noyé dans une végétation de plus en plus dense, nous obligeant quelques fois à des escalades de troncs abattus. Nous traversons quelques clairières où reposent des amas de pierre, des tombes de Vietnamiens paraît-il. Après quatre heures d'efforts et après une consommation de trois litres d'eau chacun, nous arrivons enfin sur le plateau sommital... mais encore fort loin en distance du sommet qui m'intéresse ! Le ranger avait tout prévu car quelques minutes plus tard un pick-up Toyota vient nous chercher. Le plateau sommital est maintenant rayé par une multitude de pistes, dont on se demande bien où elles mènent. Après quelques kilomètres de chemin chaotique, qu'elle n'est pas notre stupéfaction d'arriver sur une route asphaltée, digne d'un circuit de formule 1  puis à nouveau sur une zone de chantier où une noria de pelleteuses, camions et rouleaux compresseurs s'activent frénétiquement ! Le ranger nous explique que sur le Bokor il y avait une petite route qui menait à un palace servant aussi de casino. Une église et un hôpital complétaient cet ensemble hétéroclite. La situation exceptionnelle de ce site ayant attisée les investisseurs, le groupe hôtelier Sokha a mis le grappin sur ce lieu et veut le transformer en Disneyland local. Ainsi ce groupe est en train d'investir dans l'élargissement de la route originelle et dans la construction d'hôtels de luxe, de complexes sportifs et autres casinos sur le sommet.    Au sommet du Bokor, le casino-hôtel originel ressemble à un manoir en ruine où vivraient des esprits malfaisants. Un gros panneau indiquant qu'il est interdit de pénétrer dans le bâtiment ne nous effraye même pas. Nous montons jusque sur la terrasse supérieure d'où la vue est absolument impressionnante ! Devant nous l'île de Phu Quoc, qui appartient au Vietnam, barre l'horizon vers le Sud. Nous visitons aussi l'église, construite en pierre noire. L'ensemble du site du Bokor a été le témoin de nombreuses batailles suivant les époques. Entre Français et Khmers Issarak dans les années 40, puis entre Lon Nol et les Khmers rouges dans les années 70 puis dernièrement entre les Vietnamiens et les mêmes Khmers rouges en 1979. La situation du Bokor est un vrai lieu stratégique qui contrôle toute la région. Nous rentrons finalement sur Kampot, en visitant au passage une ancienne maison, surplombant aussi la baie, et qui était une résidence du roi Sihanouk. Dans la soirée, après la nuit tombée, nous ferons un tour en bateau sur la rivière Kampong Bay, afin d'admirer le spectacle de milliers de lucioles luminescente dans les arbres et de voir du plancton phosphorescent. Cette bioluminescence résulte de la conversion de l'énergie chimique du plancton dinoflagellé en énergie lumineuse à chaque contact avec un élément extérieur.