Découverte du groupe de Roulos - Voyage au Cambodge : Balade chez les Khmers

 Hier soir nous avons quitté notre premier guide et ce matin son remplaçant est arrivé. Smey a une quarantaine d'années et Sok disait de lui que c'était son gourou (à cause de la quantité d'informations qu'il lui a transmises) !  Nous allons rester plus d'une semaine dans la grande région d'Angkor et Smey nous indique que nous allons nous promener dans le temps, en respectant la chronologie de l'Histoire !  Ainsi cette journée sera consacrée à la découverte du groupe de Roulos. Situé à 13 kilomètres à l'est de Siem Reap, cet ensemble de temples faisait partie de la capitale d'Indravarman 1er : Hariharalaya. Ce roi était très rusé et pour unifier son peuple qui vénérait pour moitié Vishnou (Hari) et pour moitié Shiva (Hara), il créa alors une nouvelle effigie Harihara qui mettait dans le même corps les deux dieux. De plus, symboliquement, cette alliance de Hari qui représentait le Soleil et de Hara qui personnifiait la Lune ... permettait d'obtenir une alliance qui était à l'origine même de la genèse du peuple Khmer. C'est ce premier roi qui donna naissance d'une certaine manière au concept de Dieu-Roi. 

Tous les édifices de cette ville antique datent de la fin du IXème et début du Xème siècle.  Ces temples marqueront le début de l'art khmer classique. Je ne vous raconterai pas dans le détail ni l'histoire ni les caractéristiques architecturales de chaque temple. D'autres l'ont fait de manière admirable et je conseille à ceux qui se rendront sur place d'investir dans deux livres de référence (ces livres réédités en facsimilé sur place ne coûtent presque rien : Angkor de Maurice Glaize aux éditions Maisonneuve et Angkor, cité Khmère de Claude Jacques et Michael Freeman aux éditions Books Guide). 

En nous rendant à pied à travers la campagne vers le premier temple (Trapaeng Phong), Smey nous fait une dissertation sur l'arbre symbole du Cambodge : le palmier à sucre. Comme dans beaucoup de sociétés basées sur l'agriculture, les paysans ont su tirer parti de chaque élément constitutif d'une plante. Ainsi pour ce palmier, on peut extraire jusqu'à 1400 litres de jus par an qui seront transformés en 200 kilos de sucre, le tronc est utilisé comme poutre, les feuilles sont tissées pour en faire des nattes, des cordes et aussi pour faire le toit, les fruits sont consommés sous forme de soupe ou de légumes, les racines ont des vertus dans la pharmacopée traditionnelle. 

Il en est de même pour le lotus. Autrefois, la feuille servait de contenant et d'emballage. L'arrivée du sac plastique a malheureusement remplacé cette utilisation qui était très écologique. Résultat, alors que jadis on jetait la feuille de lotus ayant servi à emballer quelque chose, feuille qui pourrissait donc et qui ne laissait pas de trace, on se débarrasse de la même manière du sac en plastique... sauf que lui va mettre des siècles à disparaître !

Ceci étant le lotus et spécialement sa fleur a toujours une grande importance symbolique ici. On fait l'analogie entre la fleur elle-même, de couleur blanche et qui représente l'ensemble des fidèles ... et le pistil au centre de couleur jaune safran et qui symbolise la religion via son représentant, le bonze qui est vêtu de cette couleur safran.

Le premier temple est en assez mauvais état et Smey fulmine un peu quand il pense que chaque touriste paye un droit d'entrée assez exorbitant (60$ pour 7 jours) et que de nombreux sites sont laissés quasiment à l'abandon ! A l'origine, ce temple était protégé entièrement par une couche de stuc qui de plus donnait un aspect esthétique certain à l'ensemble. Notre guide nous donne une interprétation locale du stuc, en associant chaque lettre avec un matériau. Ainsi S pour sable / sel / sucre de palme ; T pour tamarin et termitière ; U comme alb-u-mine et enfin C comme chaux des coquillages.

Sur le chemin de retour au véhicule nous croisons des paysans qui cultivent une spécialité locale : la ciboulette chinoise. Cette herbe pousse curieusement sur des tréteaux que l'on arrose avec de l'eau mélangée à l'urine humaine ou animale.

Deuxième temple de grande importance historique : Bakong. C'est le premier temple montagne d'importance qui fut réalisé (en réalité il y en eu deux auparavant, mais de beaucoup plus petit gabarit). Un temple montagne, et surtout sa tour centrale qui domine l'ensemble, est la représentation symbolique du Mont Meru. On voit que la religion hindoue a beaucoup influencé l'architecture khmère. Le plan d'un temple montagne est né de la conception brahmanique, qui considère un continent central au centre duquel s'élève le Mt Meru. Il est encerclé par les six continents annulaires. Au sommet de ce Mont séjournent les Dieux entourés des huit gardiens des points cardinaux.

Bref, l'ensemble que l'on a devant les yeux est magnifique. Ce n'était pas vraiment le cas lorsque les archéologues de l'EFEO (Ecole Française d'Extrême-Orient) se mirent au travail pour sauver ce bâtiment qui n'était qu'un chaos de pierres, dû au vandalisme, à l'oeuvre du temps, à l'envahissement par la végétation. Les archéologues ont eu alors recours à la méthode dite " anastylose " (inventée par les Hollandais pour la réfection de bâtiments à Java). Qu'est ce qu'une restauration par anastylose ?  C'est un procédé qui permet le rétablissement ou relèvement d'un monument avec ses propres matériaux. L'anastylose s'autorise l'emploi discret et justifié de matériaux neufs en remplacement de pierres manquantes sans lesquelles on ne pourrait replacer les éléments antiques.

Après cette visite de Bakong, deux autres temples sont au programme : Preah Ko (temple du taureau sacré) avec ses six tours sanctuaires alignées sur deux rangées puis Lolei, en assez mauvais état. A côté de cette ruine, un ensemble monastique récent où Smey nous explique l'iconographie (très " Ripolin ") qui utilise chaque centimètre carré des murs intérieurs.

 

Magnifique linteau à Preah Ko

Sieste organisée après le lunch

Monastère moderne de Lolei