Entre Kampot et Kep - Voyage au Cambodge : Balade chez les Khmers

Peu de kilomètres séparent Kampot de Kep, mais nous allons jouer à l'école buissonnière. Après avoir salué nos hôtes de l'hôtel des Manguiers, nous mettons le cap au Sud Est, le long de la côte. Premier arrêt devant ce qui semble être une carrière. En effet des " forçats " tapent sur des cailloux sous un soleil de plomb. Notre guide nous raconte que, lors de la saison sèche, sans activités notoires dans les champs, les plus pauvres font des tas de pierres qu'ils revendent pour la construction de routes. Un mètre cube prend deux jours de travail et rapporte la somme de 4 dollars ! Derrière cette espèce de carrière, des gamins armés de torches nous conduisent dans un labyrinthe de grottes étonnantes. Tous les reliques religieuses qui étaient abritées dans ces grottes ont été pillées et détruites, entre sous le régime de Pol Pot, mais il y a une ambiance particulière dans ce lieu. Poursuite et arrêt suivant dans la campagne, chez un producteur de poivre. Le poivre de cette région est considéré comme l'un des meilleurs au monde. Dans cette ferme, le paysan récolte aussi des mangues et des durians, curieux fruits avec une carapace très épineuse. Nous poursuivons ensuite jusque vers Kampong Trach, situé non loin de la frontière avec le Vietnam. Un autre site troglodyte présente un intérêt historique : Phnum Kampong Trach. C'est un ensemble de grottes et de boyaux assez étonnant. Ho Chi Minh y serait même venu pour méditer. Des singes bruyants et un peu agressifs ont investi les lieux. En dernier lieux nous rejoignons Kep, petit village en bord de mer, qui semble vivre du tourisme et des crabes ! Installation dans un très bel hôtel : Veranda.   Pour clore cette journée, et toujours avec l'aide des antisèches de Smey, je vais vous parler de certains rites et symbolismes communs à diverses cérémonies. Les esprits vitaux Quelques idées maîtresses déterminent des actes, des symbolismes, qui se trouvent dans la plupart des cérémonies marquant les étapes de la vie du Cambodgien. C'est ainsi que de nombreux rites et de nombreux symbolismes découlent de l'idée que se font les Cambodgiens sur les esprits vitaux (pralung). Ceux-ci, au nombre de 19, peuvent en sortant par les ouvertures naturelles du corps, errer à l'aventure, notamment durant le sommeil. S'ils sont absents trop longtemps, leur propriétaire tombe malade. On procède alors à leur appel, on les capte en employant divers objets : bague, canne à sucre, nasse, panier. Les prendre et les fixer sont nécessaires, car dans les cérémonies de la vie privée, l'intéressé doit avoir la plénitude de ses facultés. Le riz cuit des esprits vitaux Quel que soit le moyen mis en oeuvre pour rassembler les esprits vitaux, ils sont pour ainsi dire fixés par le bay prolung, qui est le riz cuit (bay) façonné en boules, généralement au nombre de trois, souvent au nombre de dix-neuf. La préparation de ce " riz cuit des esprits vitaux " diffère suivant les coutumes locales : il est d'habitude confectionné en riz gluant cuit dans l'eau de coco. Les boules sont placées dans une coupe à pied. Bay prolung est recouvert par un cône en feuille de bananier. Symbolisme des nombres Dix-neuf est unanimement considéré comme représentant les esprits vitaux. Neuf représente, selon certains, les esprits vitaux supérieurs, selon d'autres les principales ouvertures du corps. Ce nombre neuf peut aussi représenter, tel celui des seima d'une pagode, les huit directions de l'espace et le centre. Sept est le nombre des ouvertures de la tête et par conséquent peut figurer les esprits vitaux. Cinq est un nombre fréquent lorsqu'il s'agit des offrandes. Il correspond aux points cardinaux et au centre, aux divinités régentes de l'espace et aussi aux Bouddha du passé, du présent et de l'avenir. Trois est le symbole, suivant les uns, de trois joyaux de Bouddhisme (le Bouddha, la Loi et le Clergé) ; suivant d'autres, ce nombre représente le passé, le présent et l'avenir. Quoiqu'il en soit, il est fréquent d'accomplir trois fois un rite, et une courte invocation est toujours dite trois fois.